Chapître IV: Ailleurs…

Ailleurs…

 <par: Francis Tremblay>

 

Elle était dans un des trop nombreux café de la 5ème avenue. Le genre d’endroit si monotone, si froid, si vert, si rien… Troisième café en moins d’une heure, il était déjà minuit passé et elle était complètement épuisée. Amélie Ruel était en pleine nuit dans un établissement vingt-quatre heures à se demander ou elle allait se retrouver demain matin. Ses longs cheveux  bruns avaient vraiment besoin d’un bon lavage. Son corps entier avait besoin de milles et un soin. Amélie avait mal partout et le manque de sommeil lui pesait lourd. Son corps meurtri par cette journée de vagabondage dans un quartier surpeuplé de New-York lui exprimait son mécontentement comme si elle était atteinte soudainement d’arthrite.

 

On l’avait évincée de son appartement de la 87ème rue… La honte! Un avis d’évincement pour Amélie Ruel la fille du grand journaliste Albert Ruel. Comment avais-t-elle pu se mettre dans un tel pétrin ? Devenir actrice n’était certainement pas chose facile, elle en était consciente. Cependant, elle avait espéré que l’aventure se déroulerait sans trop d’embûche.

 

En deux ans, elle avait manqué le bateau à plusieurs reprises. À son arrivé ici, sur cette terre promise, tout semblait lui sourire; elle avait loué un appartement de rêve, un petit contrat comme figurante dans une télé série  en poche et une série d’audition en vue. Son rêve de jeunesse était d’être comédienne. Plus jeune, elle passait des journées entières à jouer dans le sous-sol de la maison familiale. Étant fille unique, elle jouait la plupart du temps avec des peluches et certains amis imaginaires… Amélie actait sans arrêt. C’était une petite fille solitaire, elle avait peu d’amis, mais elle était heureuse ainsi. Son père lui avait construit une petite scène dans le sous-sol pour son plus grand bonheur. Albert Ruel avait dédié sa vie au bonheur de sa fillette, réplique plus petite de sa femme morte en couche. Le vide causé par une enfance sans chaleur maternelle avait été comblé par un père aimant mais très protecteur.

 

Après une année à New York, Amélie se devait de constater que le bilan était catastrophique. Poursuivre son rêve d’enfance ne lui avait pas apporté grand-chose. En fait, la jeune femme avait tout sacrifié et n’avait rien reçu en contre partie. Elle avait quitté sa France natale pour tenter sa chance sur les planches de Broadway laissant tout derrière elle. Son père avait tenté de la convaincre d’envisager une carrière plus stable mais, étant dévouée corps et âme à sa fille unique, il s’était résolu à la laisser partir pour vivre son rêve. Il lui avait offert son appui et prodiguer de précieux conseils tout en lui souhaitant d’être heureuse et d’atteindre son but en toute sincérité. Quitter son père avait été plus facile qu’elle ne l’aurait cru. Amélie adorait cet homme et lui vouait une admiration sans limite. Cependant, ce n’était pas chose facile de vivre dans l’ombre d’un homme si influent et droit. Seule, dans un pays étranger, elle n’avait plus besoin d’impressionner qui que soit ni de répondre à leurs attentes. Elle se sentait complètement libre pour la première fois de sa vie. Par ses propres moyens, la belle Amélie Ruel allait devenir une femme…

 

Quitter Maximilien, par contre, n’avait pas été une chose facile. Ils s’étaient rencontrés alors qu’ils étaient à peine âgés de 15 ans. Maximilien rêvait de devenir journaliste. Albert Ruel avait d’ailleurs publié quelques articles de son talentueux gendre au cours des années. Amélie et Max ne s’étaient jamais quittés. Il avait été son premier ami véritable, son premier amour et son premier amant. La relation avait durée cinq ans et une incroyable complicité s’était établie entre eux. Ils avaient forgé leur personnalité d’adulte côte à côte. Mais son besoin de liberté et son désir d’être actrice l’avaient poussée vers New-York. Elle devait tenté sa chance peu importe le coût, et ça, Max ne le comprenait pas. Elle n’avait connu que lui et l’attrait du nouveau pesait dans la balance. Elle avait donc laissé Max en France et embarqué pour l’Amérique avide de nouvelles expériences. Une nouvelle vie, un nouvelle carrière, un nouvel amour…

 

Cigarette après cigarette, elle repensait aux derniers mois à New York. Elle avait tentée le tout pour le tout en quête d’une carrière sur Broadway afin de chanter et de faire du théâtre. Innocemment elle était tombée sur le parfait des imposteurs. Ce dernier l’avait complètement berné. Amélie avait fait confiance à Fabrice, son supposé agent. Elle lui avait donné son argent et ce dernier lui avait promis mer et monde. Cet imposteur qu’elle croyait aimer, était parti avec son argent, son amour, mais surtout une partie de son âme. Cette fâcheuse expérience lui avait fait prendre conscience que Maximilien lui manquait cruellement. Elle ne repensait qu’à une seule chose, les propos de Max avant leur rupture. Il l’avait prévenu, mais sa tête ne voulait rien entendre…

 -         Ne quitte pas pour New York. Que vas-tu faire là-bas ? Du théâtre ? Je ne doute pas un instant de tes talents, mais pourquoi tu ne restes pas ici ? Nous avons des projets. Ce livre que nous rêvons d’écrire ensemble. Tu ne veux plus ? Tu as toujours fait à ta tête de toute façon alors fais-le dont… J’ai survécu à pire que ça ! 

Depuis la mort de sa mère, Maximilien n’était plus le même. Son premier copain, son premier amant, son premier amour n’avait plus la même fougue voir la même saveur. Celui qui montait au barricade à l’Université pour défendre la communauté étudiante pour mille et une raison, celui qui avait écrit son premier roman n’était plus le même. Malgré tout, il était toujours son idole. Amélie était jalouse de son succès, mais elle l’aimait. Elle l’aimait aveuglément et elle aurait tout fait pour lui. La  perte de sa mère avait creusé de profondes cicatrices en Max. Culpabilité, honte et tristesse s’entremêlait dans le cœur d’Amélie d’avoir laissé son ami alors qu’il avait cruellement besoin de son support dans cette dure épreuve. Max était meurtri et elle n’arrivait plus à l’atteindre. Il s’était réfugié sous une carapace qu’elle n’arrivait pas à percer. Elle aurait dû persévérer, lui laisser du temps.  Cependant, cela avait été le coup décisif. Elle partait et prenait en main sa propre destinée. La jeune femme en avait eu assez de prendre soin des autres et d’agir selon le bon vouloir d’autrui. Elle voulait, elle aussi, connaître la saveur du succès. Sa famille l’étouffait,  elle voulait vivre ailleurs, elle voulait être une actrice célèbre. Elle souhaitait enfin exister et s’épanouir. Le prix à payer pour devenir une personne à part entière était la rupture. Elle devait non seulement sortir de l’ombre de son père mais également de celle de son amoureux pour y parvenir.

 

« Dieu que j’aurais dû l’écouter mon Max » se dit-elle. « Si je l’avais  écouté, je ne serais pas ici dans ce petit café au coin de la 5ème avenue et de la 49ème rue à me morfonde sur mon passé, à pleurer sans arrêt et à ruminer dans mon esprit toute les causes de mon échec ». Elle n’avait plus rien, plus d’appartement, plus de voiture, presque plus d’argent. Elle possédait toujours un téléphone cellulaire qui était sur le point également d’être coupé. Tout ce qui lui restait était ce gros sac avec des souvenirs et la dernière carte postale de Maximilien.

 -         Amélie, j’espère que j’ai la bonne adresse. J’espère que ta nouvelle vie à New York te plait et que ça en valait le coup. De mon coté, j’ai décidé également de quitter la France. Plus rien ne me retient ici. J’ai donc décidé d’aller… 

Maudit facteur ! Il déposait toujours le courrier par terre et encore une fois, la pluie était tombée sans arrêt pendant plus d’une semaine et pour compliquer le tout, l’encre et l’eau avaient effacé les derniers écrits de Maximilien. Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis cette carte postale et elle n’avait plus jamais eu de ses nouvelles. Elle avait décelé l’amertume de son ancien amoureux dans ces quelques lignes. Cette impression lui avait serré le cœur tel un étau. Il lui en voulait, elle en était convaincue. Il passait à autre chose et refaisait sa vie ailleurs, sans elle. Cette constatation l’avait anéanti. À quoi s’attendait-elle au juste ? Croyait-elle qu’il allait l’attendre sagement pendant qu’elle batifolait à New-York? En fait, elle n’y avait pas vraiment réfléchit avant la lecture de cette carte postale. Son désir de liberté et d’aventures avait pris le dessus sur tout autre considération. Elle savait qu’elle ne pouvait pas lui en demandé autant mais une partie d’elle en voulait à Maximilien. Mais comment pouvait-elle lui en vouloir alors que c’est elle qui avait fichu le camp? Pourtant, elle ne pouvait pas contrôler ce sentiment de déception qui montait dans sa gorge. Stupidement, Amélie avait cru qu’il serait toujours là pour elle, tel un objet étant sa propriété. Elle aurait voulu lui crier de ne pas lui tourner le dos et de lui pardonner. Parfois, ce n’est que lorsqu’on perd quelque chose que l’on réalise à quel point on y tenait. Aujourd’hui, du fond de sa misère et de son désespoir, rien n’aurait pu la consoler davantage qu’une étreinte dans les bras de son ancien amoureux. Elle ne se comprenait plus elle-même et son raisonnement était illogique lorsqu’il était question de Max. Cependant, une certitude en était ressortie. Elle l’aimait encore et jamais elle ne trouverait un autre homme qui la comblerait comme il l’avait fait. Pouvait-elle le reconquérir?  Mais où était-il allé ? Pouvait-elle le retrouver ? Si elle le retrouvait, serait-il heureux de la revoir?

Amélie marchait sur Times Square, perdue dans les méandres de ses questionnements. La frénésie, l’odeur des kiosques à hot-dog, les affiches géantes ne l’impressionnaient guère… La fatigue l’avait envahie à une vitesse effroyable. L’image de Maximilien la hantait. Sa chaleur corporelle,  son odeur, son regard et surtout son sourire…. Elle comprenait maintenant qu’il n’y aurait personne d’autre que lui et elle voulait quitter New York immédiatement pour le retrouver, mais où ? La seule solution envisageable était de se rendre chez sa vieille tante habitant le quartier Brooklyn, lui faire  croire que tout allait bien, lui emprunter un certain montant d’argent et partir. La fatigue lui brouillait l’esprit. Allait-elle vraiment arnaquer une vielle dame ? Au diable les remords, Max valait tous les péchés du monde.  Elle devait être dans un autre état que celui-ci avant de rencontrer la vieille Béatrice, car cette dernière aviserait son père si quelque chose semblait clocher. Elle devait, pour un court laps de temps, reprendre cette fougue, cette énergie qui la caractérisait autrefois. Amélie Ruel devait redevenir la femme forte qu’elle avait été et par la suite tenter le tout pour le tout afin d’entamer le pèlerinage vers son ancien amour… son grand amour…

Arnaquer la vielle chouette

<par: Catherine de Montigny>  

Le décompte ne fut pas long tellement les pièces de monnaie et les billets étaient peu nombreux. Sa fortune s’élevait à 16,24$. Amélie allait devoir en disposer intelligemment pour mettre son plan à exécution. Soutirer de l’argent à sa vielle tante ne serait pas une chose si simple à faire. Une planification adéquate s’imposait afin de parvenir à berner la sœur d’Albert Ruel. Amélie l’avait rencontré peu de fois au cours de son existence. Elle ne connaissait d’elle que les bribes d’histoires racontées éparses au fils du temps par son père. Les récits entendus donnaient l’impression d’une femme forte, décidée et ne reculant devant rien quoi que légèrement obsessive.

 

Albert et Béatrice Ruel avaient eu une enfance marquée par la pauvreté. En grandissant, la petite Béatrice avait développé une aversion profonde pour la saleté et la misère. Plus que l’amour, la culture, le respect ou tout autre valeur, l’argent était devenu sa priorité. Elle avait décroché un petit boulot de serveuse dans un hôtel huppé de Paris. Elle y côtoyait des gens riches venus en vacances dans la capitale française pour dilapider leur fortune en futilité diverse que la ville lumière leur offrait. C’était le milieu idéal pour rencontrer le gratin des portefeuilles bien remplis. La providence avait doté la jeune femme d’un charme certain ainsi que d’une beauté agressive et elle comptait bien user de ces précieux atouts pour parvenir à ses fins. Elle était comme un guépard accroupi dans l’herbe en position de chasse scrutant l’horizon en quête d’une proie. C’est ainsi qu’elle pris en chasse un homme d’affaire New-yorkais venus par affaire à Paris pour 3 semaines à peine. Ce cours laps de temps avait été suffisant pour convaincre l’homme de l’épouser. « Je préfère ne pas savoir comment elle a réussi cet exploit» disait toujours Albert lorsqu’il racontait cette histoire. C’est ainsi qu’à 18 ans Béatrice Ruel devint Mrs. Béatrice O’Sullivan. Monsieur O’Sullivan avait environ 40 ans lorsqu’il avait uni sa destiné à la jolie tante d’Amélie. Celle-ci se retrouva donc veuve assez jeune, monsieur O’Sullivan étant décédé à l’âge de 57 ans d’un arrêt cardiaque ne laissant aucune descendance derrière lui. Béatrice avait pris en charge les avoirs et les investissements de son défunt mari et avait fait un travail remarquable.

 

Un jour, Albert avait demandé de l’argent à sa sœur pour publier un livre. Celle-ci avait analysé l’investissement de fond en comble pour  finalement ne lui accorder que la moitié de la somme nécessaire. C’était un investissement trop risqué et pas suffisamment lucratif disait-elle. Béatrice O’Sullivan n’était pas du genre à délier les cordons de sa bourse pour venir en aide à ses proches. L’argent valait plus à ses yeux que les liens du sang. Pour cette même raison, elle avait très peu rendu visite à son frère au cours des années puisque la traversé de l’atlantique en avion valait son pesant d’or aux yeux de la dame. Bref, Amélie allait tenter de soutirer de l’argent à la pire des chiches. Elle devait être prête si elle voulait parvenir à ses fins. Sa vielle tante lui était antipathique et ce ressentiment l’aidait à étouffer la culpabilité naissante dans ses entrailles. La jeune fille s’était toujours considéré comme étant une personne droite et honnête.  Cependant, retrouver Max importait plus pour elle que l’avarice de sa tante Béatrice. Amélie avait de nouveau un but dans la vie et elle s’y accrochait désespérément.

La première partie du plan fut baptisée « remise en état ». Cette remise concernait sa propre personne et impliquait inexorablement une douche, du savon et des nouveaux vêtements. Crasseuse et poisseuse, Amélie était assise dans l’autobus. Une clocharde avec qui la jeune femme avait partagé son banc de parc la vielle lui avait indiqué un lieu où se procurer des vêtements. Il s’agissait d’une œuvre de charité qui distribuait des tenues de secondes mains gratuitement. Arrivée à destination, Amélie n’arrivait pas à se convaincre à franchir le seuil de la porte. Entrer dans un pareil endroit était une telle honte. C’était une preuve irréfutable de son échec et un baromètre lui permettant de mesurer à quel point elle était tombée bas. Amélie pris une grande inspiration et franchit la porte en pensant au dénouement final de son plan qui la ramènerait à Maximilien. Cette certitude lui donna le courage de parcourir les piles de vêtements hideux. Elle arrêta son choix sur une petite blouse rose pâle plutôt mignonne mais pas toute neuve. Elle trouva également une paire de jeans relativement propre et bien coupé. La jeune femme essaya la tenue pour voir si la combinaison s’agençait bien. Satisfaite de son reflet dans le miroir, elle renfila ses vieux vêtements puants et quitta ce lieu triste avec ses nouveaux articles méticuleusement pliés dans son sac.

De nouveau assise dans un autobus, Amélie appréhendait sa seconde destination tout aussi humiliante que la première. Elle se rendait dans un « shelter » pour les sans-abri. Cet endroit offrait le gîte aux gens sans ressource, une nuit à la fois. Les minuscules chambres disponibles étaient nettement insuffisantes pour répondre à la demande. Ainsi, il fallait arriver très tôt et faire la queue pendant quelques heures pour s’assurer une place dans le gîte. Amélie descendit de l’autobus et c’est la mort dans l’âme qu’elle alla se positionner au bout de la file de gens pauvres qui attendaient déjà. Les sentiments dépressifs perdurèrent jusqu’au moment où elle s’assit finalement sur le petit lit, à l’abri dans le gîte. Elle retrouva enfin de l’aplomb et réalisa qu’au fond, elle était différente de tous les autres occupants de ce bâtiment. Elle, elle n’allait pas vivre éternellement ainsi. La jeune femme avait un but. Si les choses tournaient vraiment mal (pouvait-ce être pire que maintenant?) elle allait contacter son père et rentrerait à la maison. Il s’agissait là d’une solution de dernier recours car elle refusait de rentrer bredouille, Max courant au large. Mais au moins, elle avait une échappatoire qui la différentiait de tous ces malheureux pour qui l’avenir ne semblait pas sourire.

 

L’attrait principal du « shelter » n’était pas que le lit. Ce sont plutôt les douches qui l’avaient attirées dans cet endroit déprimant. Il n’y avait pas d’eau chaude et l’eau glacée semblait lui arracher la peau. Cependant, Amélie se frotta, lava, rinça frénétiquement son corps et ses cheveux comme si la température de l’eau ne l’atteignait pas. Elle demeura sous le jet d’eau jusqu’à ce qu’elle ne sente plus son corps tellement il était gelé. Amélie regagna ensuite sa petite chambre et enfila les vêtements qu’elle s’était nouvellement procurés. Pour la première fois depuis un certain temps, elle se sentait propre, elle se sentait bien. Elle dormit profondément et fis d’agréables rêves qui furent oubliés dès son réveil. Elle en garda cependant le souvenir de bonheur et de Maximilien à ses côtés. C’est donc joyeuse, le sourire aux lèvres, qu’elle quitta le logis ce matin-là.

 

La jeune femme due effectuer plusieurs transferts d’autobus afin de se rendre à Brooklyn, chez sa tante Béatrice. Elle avait effectué une certaine partie du trajet à pieds et elle apercevait enfin la maison convoitée. Elle remis de l’ordre dans sa coiffure et lissa ses vêtements afin d’être d’apparence présentable. Elle franchit nerveusement les quelques pas restant jusqu’à la porte d’entrée et s’arrêta net devant celle-ci. Amélie inspira profondément, révisa le plan rapidement dans sa tête et frappa. Elle avait baptisé cette partie du plan « arnaquer la vieille chouette ». Des pas retentirent à l’intérieur et la porte s’ouvrit sur une très belle dame qui n’avait pas du tout l’air d’une chouette. Son visage était beau mais n’avait rien de sympathique. Amélie sourit à pleine bouche à sa tante. La partie venait de commencer….

 

 

Le rôle de sa vie

Par: Marie-France Latreille

 

 

Béatrice, reconnue immédiatement cette nièce qu’elle avait vue si peu souvent. Il faut dire qu’année après année, son frère Albert persistait à lui envoyer des photos de lui et de sa fille chérie. Elle qui avait fuit ces quartiers infâmes du Marais afin de refaire sa vie dans cette Amérique prospère ne voyait pas cette arrivée impromptue d’un très bon oeil. Si aujourd’hui, elle pouvait vivre tranquillement dans la solitude de sa riche propriété, il en avait pas toujours été ainsi. Très jeune, elle avait dû apprendre à travailler pour s’en sortir, ces maigres revenues lui permettaient à peine de payer les frais de sa minable chambre de bonne au sixième étage d’un immeuble adjacent au musée Picasso. Elle ne l’avait jamais dit à personne, mais elle avait été contrainte, comme plusieurs de ses collègues, de passer des nuits d’horreurs dans le quartier de Pigalle afin de pouvoir se nourrir à tous les jours. Par chance, c’est un de ses riches clients qui lui avait trouvé cet emploi dans ce chic Hôtel du 16 ieme arrondissement. Ce jour-là, elle s’était promise que plus jamais, elle ne laisserait la vie se jouer d’elle de la sorte et c’est quelques mois plus tard qu’elle franchisait le sol américain au bras de ce riche ivrogne, de O’Sullivan.

 

À la vue de sa nièce vêtue d’un vieux jean, d’une blouse rose qui semblait sortie tout droit des années 70, et surtout qui arborait une horrible coupe de cheveux, ressemblant davantage à tignasse qu’à une coupe, elle se dit qu’il y avait anguille sous roche. Ce n’était pas la belle Amélie qui posait fièrement aux côtés de son père dans des tenus derniers cris, prenant toujours des aires de grande dame qui se trouvait devant elle. Mais, comme Béatrice en avait marre de regarder les aiguilles se promener tranquillement sur l’horloge de son salon, elle décida se jouer le jeu, et c’est, à la très grande surprise d’Amélie que sa tante l’accueillie à bras ouvert…

 

Cette réaction surprit tellement Amélie qu’elle en oublia le rôle qu’elle devait jouer.

 

Pourtant, il s’agissait du rôle de sa vie! Celui pour lequel elle avait vécu jusqu’ici. Pour lequel elle avait pratiqué des heures, des années durant. Elle se rappelait ces vendredi soir à réciter des répliques de L’odyssée  d’Homère, un verre de vin à la main, bien installé sur le pont des arts, là où elle retrouvait Max qui y traînait toujours sa vieille Underwood. Ces nuits de création entourés de musicien, de danseurs et d’amis acteurs étaient toujours magiques, et c’est ce qui lui manquait le plus. Elle se souvenait de cette lumière qui brillait dans les yeux de Max, toute la magie du monde illuminait son regard.  Maintenant, elle ne jouait plus Ulysse, elle était Ulysse. Elle errait, sur cette terre hostile à la recherche de son unique amour. Ces yeux lui brûlaient de l’intérieur tant elle avait envie de pleurer, mais  rien ne devait transparaître. Elle avait une mission à acquitter, et rien ne devait détourner don attention.Elle se concentrait sur ces vers d’Homère;

 « Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’Inventif :
celui qui pilla Troie,qui pendant des années erra,
voyant beaucoup de villes,découvrant beaucoup d’usages,
souffrant beaucoup d’angoissesdans son âme sur la mer pour défendre sa vie et le retour de ses marin »  Elle ne comprit pas, pourquoi sa tante Béatrice l’avait si gentiment accueillie, après toutes les histoires que son père lui avait racontées à son égard, mais cette nuit-là,  elle dormi paisiblement, et surtout confortablement, dans des draps de soie, qui l’entraîna très loin, dans les profondeurs d’un rêve étrange, ou dans une vieille maison, étendue sur un lit de paille une jeune femme étrange était sen train de mettre au monde un enfant. 

-Peut-être que ça va être bien plus simple que je l’aurais imaginé finalement se dit-elle lors de son réveil, alors qu’une jeune fille lui apportait sur un plateau d’argent une montagne fruits frais ainsi qu’un bol de café au lait…

    

     

Publié on août 18, 2007 at 3:43

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2 commentaires Leave a comment.

  1. On septembre 11, 2007 at 12:21 francistremblay Said:

    Qui va prendre le relais ?

  2. On septembre 11, 2007 at 5:06 demontigny Said:

    Ouan… On serait dû pour une suite là… C’est moi qui est paresseux et en manque d’inspiration…!

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